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France : envoyer des milliards à l’étranger plutôt que réparer sa propre maison

Selon les chiffres publiés sur diplomatie.gouv.fr, en 2021 la France a versé 10,6 milliards d’euros d’Aide Publique au Développement (APD). Parmi ces sommes, près de 4,5 milliards ont été attribués à la lutte contre le changement climatique, 3,8 milliards à l’égalité femmes-hommes, 1,3 milliard à l’éducation, 947 millions à la santé, et 101 millions aux “fragilités”. L’Afrique, notamment subsaharienne, reçoit une part importante de ces financements, et des pays comme le Sénégal, le Burkina Faso ou le Niger figurent parmi les principaux bénéficiaires.

Ce que ces chiffres disent, avec une brutalité froide, c’est une vérité que nous refusons trop souvent de nommer : la France est capable d’investir des sommes gigantesques pour transformer le monde… mais n’est pas capable d’assumer ses propres défis sociaux, économiques et humains ici même, chez elle.

Est-ce une opinion ? Non. C’est un fait chiffré, validé par le ministère des Affaires étrangères. Et c’est une claque dans la figure de toute prétention à la cohérence politique.

Car pendant que l’État mobilise des milliards pour promouvoir l’égalité entre les sexes à l’autre bout de la planète, la situation sur le terrain en France est crue, simple et intolérable. Les statistiques sur les inégalités salariales persistent, les violences faites aux femmes n’ont jamais été aussi massives, les services publics chargés d’accompagner les victimes sont saturés, sous-financés, débordés. L’évidence est là : l’égalité femmes-hommes n’est pas gagnée ici, et pourtant des sommes colossales partent vers l’extérieur sous ce même motif.

Ce n’est pas un jugement moral. C’est une incohérence administrative. Une tension budgétaire ? Oui. Mais surtout une rupture de mise en priorité.

Que penser lorsqu’on sait que la France adopte des politiques publiques ambitieuses à l’international mais semble incapable de faire porter à l’État les moyens minimums pour assurer la sécurité des femmes, le soutien aux victimes, la prévention dans tous les territoires ? Est-ce là une preuve de solidarité ? Ou la trace d’une élite qui préfère soigner son image globale plutôt que d’assumer ses responsabilités domestiques ?

Depuis des années, des voix s’élèvent pour dénoncer la dégradation de l’école publique, l’effondrement des services hospitaliers, la gestion kafkaïenne de l’administration sociale. Ceux qui travaillent, produisent, soignent, enseignent voient leurs outils disparaître, leurs capacités réduites. Et pendant ce temps-là, l’État mobilise des milliards pour des causes parfaitement justes sur le plan moral… mais dont l’impact domestique est beaucoup plus faible qu’il ne le prétend.

Oui, aider le développement international, lutter contre le changement climatique, promouvoir l’égalité des sexes dans des zones de fragilité réelle sont des objectifs louables sur le plan global. Mais il faut arrêter l’hypocrisie : une politique digne de ce nom devrait être cohérente. Et toute cohérence impose une règle simple : commencer par doter son propre pays de moyens suffisants pour traiter ses propres urgences avant d’investir massivement à l’extérieur.

Ce n’est pas une attaque contre l’ouverture au monde. C’est une critique de notre incapacité à faire coïncider nos discours avec nos priorités réelles. Quand des millions de Français peinent à accéder à des services publics de qualité, quand des centaines de milliers de femmes attendent des réponses efficaces pour leur sécurité, quand des enfants quittent l’école sans maîtriser les fondamentaux, on ne peut plus se contenter de slogans internationaux et de communiqués de bonne conscience.

L’APD, et en particulier les sommes considérables aujourd’hui affectées à l’égalité femmes-hommes, à l’éducation, à la santé, doivent être repensées à la lumière de ces contradictions. Cela ne veut pas dire renoncer à toute aide extérieure. Cela veut dire rééquilibrer nos priorités. Faire passer en premier lieu ce qui manque ici, ce qui est urgent ici, ce qui est fondamental ici.

Il faut être clair : investir des milliards à l’étranger pour des objectifs que l’on ne parvient pas à atteindre sur son propre sol est une monstruosité politique. Ce n’est pas du pragmatisme éclairé. Ce n’est pas de la solidarité. C’est de l’aveuglement organisé, une fuite en avant budgétaire pour meubler l’incohérence de l’action publique.

Et pendant que l’on débat de montants bilatéraux et d’enveloppes thématiques, des dizaines de milliers de personnes en France continuent d’expérimenter les conséquences concrètes de cette hiérarchie des priorités : hôpitaux saturés, écoles mal dotées, services sociaux débordés, justice engorgée.

Ce n’est pas que l’État “n’a pas les moyens”.
C’est que l’État semble perdre le sens des priorités.
Et tant que cette confusion persistera, tant que l’on continuera à envoyer des milliards au lieu de réparer ce qui se délite ici, nous resterons dans un pays où les mots n’ont plus de poids, où l’action publique se perd dans les chiffres, où les injustices domestiques crèvent les yeux mais ne trouvent jamais l’argent qu’elles méritent.

À la fin, c’est cela, le vrai scandale budgétaire.
Une France qui peut dépenser des milliards pour expliquer comment on devrait vivre ailleurs… sans parvenir à garantir des droits essentiels chez elle.
Et c’est cela qui, plus que tout autre chose, justifie la colère, l’indignation, et la demande de repenser entièrement les priorités.

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