Bonne nouvelle : l’humanité ne va pas si mal. Elle dispose désormais d’un arsenal de journées mondiales capables de régler tous les problèmes que les gouvernements, les scientifiques et le bon sens échouent à résoudre. Hier, c’était la Journée mondiale du Câlin Virtuel — événement majeur consistant à envoyer un emoji à un proche. Une initiative d’une ampleur telle qu’elle mérite au moins un déploiement de pompiers et un communiqué de l’ONU.
Le principe est simple : plus un problème est insignifiant, plus il a droit à sa journée. Si l’on continue à ce rythme, un comité international finira par instituer la Journée mondiale du Stylo qui ne marche plus, afin de sensibiliser le public à l’effroyable tragédie du Bic à moitié vide. Le drame de notre civilisation est là : l’inflation commémorative est devenue un sport de compétition. On ne résout rien, on ne change rien, mais on publie un hashtag et on se persuade d’avoir participé à un élan mondial.
Les institutions, elles, jouent le jeu avec un sérieux qui confine au sublime. Ministères, mairies, start-ups : tout le monde veut sa part de cette bouillie symbolique. Chaque année, on nous rappelle la Journée mondiale du Pull Moche, comme si la planète allait soudain entendre raison parce qu’un député pose en jacquard pour “sensibiliser au vivre-ensemble”. À ce stade, il ne manque plus qu’une cérémonie officielle pour célébrer la Journée mondiale du Chargeur oublié, drame moderne qui mérite bien une minute de silence.
Mais il y a pire : les communicants qui transforment ces événements absurdes en campagnes pseudo-humanistes. Vidéos poignantes, slogans sur fond pastel, chiffres inventés… On croirait presque à un complot cosmique pour éviter de traiter les vrais sujets. Pourquoi se battre contre la pauvreté ou la misère quand on peut organiser un concours de photos sur la Journée mondiale de la Raclette ? On est sur un niveau d’héroïsme proche du néant, mais en version certifiée par un logo officiel.
Le plus comique reste la sincérité solennelle avec laquelle ces “journées” sont présentées. Une inflation mémorielle parfaitement grotesque, qui permet à quiconque d’exister publiquement pendant 24 heures en brandissant une cause aussi fondamentale que la Journée mondiale du Sourire forcé. Le monde brûle, fond, explose, s’effrite — mais heureusement, nous avons une journée dédiée pour s’en souvenir avant de passer à la suivante, tout aussi indispensable.
Il n’y a qu’une seule chose qui manque encore dans ce calendrier philanthropique grotesque : la Journée mondiale de l’Épuisement face aux Journées mondiales. Celle-là, pour le coup, rassemblerait enfin tout le monde.